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Jeudi 03 Avril 2008

Rencontre du Jeudi 03 Avril 2008

23 personnes étaient réunies lors de cette rencontre

La soirée s’est partagée entre :

Expérience d'animation en centre de détention

L’intervenante travaille depuis quelques mois en milieu carcéral et souhaite témoigner ce soir de ses observations et impressions.

Elle précise tout d’abord que ses observations font une rupture radicale avec ses représentations antérieures de ce milieu. Selon elle, les médias ont un discours très misérabiliste et caricatural sur les prisons et favorisent l’émergence de ce type de représentations. Ainsi, elle souligne que les détenus, malgré leur grand nombre (600), sont connus de l'ensemble des membres du personnel qu'elle décrit comme « dévoué ». En outre aucune activité ne leur est imposée. Elle précise cependant qu'elle travaille en Centre de Détention, où se trouvent incarcérées des personnes ayant fait l'objet de jugement et étant condamnées à des peines de durée moyenne. Elle suppose que le discours véhiculé par les médias touche plutôt le sort des Maisons d'Arrêt où l'on rencontre des personnes ayant de courtes peines et des prévenus (en attente de jugement). Les longues peines se retrouvent quant à elles dans des Maisons Centrales.

L’intervenante trouve la violence en prison « constante », « envahissante ». Elle l'attribue à la personnalité des détenus, et non pas à l'institution. La loi du silence règne et il est impossible pour les détenus de se plaindre de quoi que ce soit tant est puissant le rapport de force s'assimilant au caïdat. Elle constate une organisation humaine violente et pense qu’il est très difficile d'avoir une prise dessus. Ainsi elle dénonce la vision manichéenne qui est présentée parfois avec d’un côté les « gentils » et de l’autre les « méchants » ; les origines de la violence du milieu pénitentiaire sont, selon elle, plus complexes.

Dans sa pratique professionnelle, cette intervenante travaille avec des détenus qui ont un niveau scolaire très bas à l'écrit et à l'oral. Elle dit qu'ils n'ont jamais été socialisés, « comme s'ils étaient passés à côté ». Ils paraissent s'identifier au seul modèle qui paraît être le leur (les héros de séries télévisées violentes) et se nourrir de cet univers de délinquance et de justice. Elle s'étonne de la balance de ces discours dans le grand public qui passe des mouvements de vengeance absolue (« il faut tous les tuer ») à un discours qui les déresponsabilise.

Elle a donné des cours de français et d'anglais et a pu constater qu'ils avaient très peu de souvenirs de leur scolarité. N’étant pas pédagogue de formation, elle a improvisé ses méthodes dans la rencontre avec ces jeunes, en ayant pour objectif de les «décomplexer par rapport à l’écrit et à l’oral». L’intervenante dit que le centre scolaire du Centre de détention paraît ne pas fonctionner sur le plan pédagogique, sauf auprès de personnes plus âgées qui n'ont pas de besoin d'insertion. Elle travaille actuellement sur un atelier vidéo avec trois détenus dont elle expose quelques éléments biographiques. Selon elle, l'approche ludique permet la dédramatisation de la situation scolaire ; elle constate une bonne appréhension par les détenus du matériel audiovisuel.

L’intervenante se trouve parfois en difficulté pour trouver une bonne distance dans sa relation aux détenus. En tant que femme et intervenante extérieure, il lui semble que le lien de travail peut rapidement dériver vers une tentative de lien personnel. Elle insiste sur la nécessité de savoir pourquoi elle est là et de ne pas laisser paraître d’éventuelles problématiques personnelles qui pourraient alors être exploitées par les détenus.

Les débats qui suivent cette présentation tournent autour de la question de l’origine de la violence :

  • Est-elle générée par l’institution pénitentiaire ou inhérente à la nature des individus qui s’y retrouvent ?
  • Violence institutionnelle ?
  • Violence au cœur de l’humain ?

Exposé de Jean-Pierre Bagur

En s’appuyant sur son expérience d’éducateur de l’administration pénitentiaire, Jean-Pierre Bagur présente tout d’abord l’évolution du milieu carcéral (en terme d’amélioration du confort) puis propose une réflexion sur la progressive «carcéralisation» de la société.

Dans les années 70, les conditions de vie au sein des prisons étaient, pour Jean-Pierre Bagur, déconnectées de la vie à l’extérieur. Il parle de véritable «loi du silence instituée», excluant tout échange. Par ailleurs, les détenus avaient peu de loisirs (pas de radio, peines alimentaires, …). Progressivement, il y a eu des améliorations, notamment au niveau du confort.

Jean-Pierre Bagur s’appuie ensuite sur le concept d’excarcération pour introduire la question de la réinsertion des détenus. A ses débuts, les surveillants n’avaient pas le droit de dire « bonjour » aux détenus. Pourtant, Jean-Pierre Bagur rappelle que le bonjour autorise à se parler plus amplement (Eric Bern, « Que disons nous après avoir dit bonjour ? »). Petit à petit, avec quelques collègues, il a insisté pour faire changer ces habitudes. Il souligne qu’à l’heure actuelle, dans l’école nationale de l’administration pénitentiaire, il existe un cours pour apprendre à dire bonjour aux détenus.

Il y a eu des expériences d’incarcérations fictives qui ont abouti à d’importants débordements ; il semblerait donc que la prison produise une violence. Les différences interindividuelles vis-à-vis de cette violence sont grandes : certaines personnes semblent se trouver bien en prison, d’autres se suicident. Pour Jean-Pierre Bagur, les personnes qui se montrent agressives lors de leur enfermement ont peut-être plus de chance de réussir que celles qui y ont une attitude exemplaire. Se pose alors la question de la réinsertion des personnes incarcérées.
Concernant la société actuelle, Jean-Pierre Bagur note l’application à l’extérieur de dispositifs nés en prison.

Lors du débat, sont évoqués quelques points communs entre la prison et le système scolaire. Pour certains enfants, l’école est vécue comme un lieu d’enfermement. Tout comme le détenu devient un condamné, certains enfants sont étiquetés.

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