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Jeudi 09 Octobre 2008

Rencontre du Jeudi 09 Octobre 2008

14 personnes étaient réunies lors de cette rencontre

La soirée s'est partagée entre:

Informations concernant l’organisation du Colloque

Les flyers concernant le 8 Novembre seront prêts en fin de semaine. Il s’agit d’une rencontre intermédiaire, à un an du colloque, pour faire le point en présence de certains membres du Conseil Scientifique.
Un point est fait concernant l’objectif des rencontres du deuxième jeudi et le colloque en lui-même. Les interventions de chacun doivent permettre un discours sur sa pratique concernant la violence, mais aussi sur les solutions qui ont pu etre essayées. Des groupes de travail peuvent se mettre en place, selon les souhaits de chacun. Les rencontres du 2ème jeudi seront maintenant restrancrites et mises en ligne sur le site. L’intérêt de ces écrits est de pouvoir susciter un deuxième échange par l’intermédiaire du forum.

Une Assemblée Générale aura lieu bientôt. Se pose la question du changement de statut de l’association ECHO : nous envisageons de faire perdurer l’action de l’association au-delà des rencontres.

Exposé de Jacqueline Mascle et Mélanie Diesbach

L’association Paroles de Femmes existe depuis 1999. Jacqueline Mascle revient sur sa création. Au départ, il s’agit d’un atelier chant financé par les Suds et qui mobilisait beaucoup de femmes. Après les inondations, les rencontres n’ont plus pu se faire.

En 2003, le responsable marketing des transports arlésiens propose à l’association de mener une action autour des violences en transport scolaire, par le biais du théâtre. L’association s’est alors impliquée dans une réflexion sur ce projet. Ils ont voulu impliquer les enfants et avoir une approche systémique. Pour cela, ils ont souhaité travailler avec des comédiens animateurs de l’association Occurrences. L’association a réalisé tout un travail d’audit en amont : auprès des conducteurs, mais aussi des élèves, des partenaires. A partir de là, ils ont mis en place une pièce de théâtre, qu’ils ont voulu « esthétique ».

Les conducteurs ont beaucoup touché les professionnels par toutes les incivilités dont ils étaient victimes. Par leur position (dos aux élèves), ils n’étaient en quelque sorte plus considérés comme des êtres humains à part entière, mais uniquement comme « le chauffeur ». La pièce de théâtre développait ces thèmes, tout en mettant en avant l’importance de pouvoir se mettre à la place de l’autre. Cela permettait de réintroduire de l’humanité dans la relation entre le conducteur et les élèves (responsabilité mutuelle : pourquoi certains ne réagissent pas ? pourquoi le conducteur se renferment ?). Les maîtres mots étaient « respect » et « responsabilité ».

Voilà 4 ans que cette action est menée dans les locaux de la Maison des associations (ce changement de lieu est souhaité par les comédiens), auprès des élèves de classe de 6ème. La pièce dure 45 minutes, puis s’en suit un débat animé par un professionnel, selon des thèmes qu’ils proposent. Pour les professionnels, il était important de pouvoir favoriser la parole et les échanges. C’est en ce sens qu’il s’agit d’une « pièce miroir » : les élèves se voient agir. La prise de conscience, la prévention, le lien social, la citoyenneté, l’éducation sont mis en avant. Différents professionnels (policiers, conducteurs, éducateurs) sont investis dans cette action, ce qui a permis des changements de regards et la création de liens. Pour Jacqueline Mascle, c’est la cohérence de l’action qui a permis ces changements.

Avec le recul de ces quelques années, Jacqueline Mascle et Mélanie Diesbach font le constat que l’action devrait être menée plus tôt auprès des enfants. Pour cela, une nouvelle pièce a été mise en place : « Trouille en bulles », pour les élèves de CM2. Cette pièce se veut très théâtrale ; les acteurs utilisent des masques. C’est l’histoire d’un petit garçon qui est trop couvé par sa mère et qui rentre au collège. Il se lie d’amitié avec un redoublant qui a une place très particulière au sein de l’établissement. Ce garçon va accepter d’endosser la responsabilité d’une faute commise par le redoublant ; une connivence se crée alors entre les deux amis, ce qui permet au petit de sortir du giron maternel. Le jeune garçon est entraîné à commettre des bêtises jusqu’au moment où un accident est évité de justesse. Il prend alors conscience de sa dépendance envers son nouvel ami.

Toute la pièce est jouée dans un langage imaginé ; les informations passent par les intentions et le corps (donner au message un caractère universel et intemporel). Le cadre sonore est très présent. Cette pièce amène la question du vécu des parents face à l’indépendance nouvelle de leur enfant à l’entrée en 6ème et aussi celle de l’influence. La violence peut être considérée par les jeunes à certains moments comme une forme d’indépendance : le petit est instrumentalisé par le grand alors qu’il se croyait indépendant.

L’intention des professionnels est d’avoir accès à une parole authentique des jeunes, en n’influençant pas leurs idées (absence de mots). Ils veulent susciter une réflexion sur l’autonomie, sur le positionnement dans un groupe, … Pour le moment, la pièce va être jouée dans l’intimité d’une classe (pièce projection). Dans un deuxième temps, il peut être envisageable d’ouvrir le débat aux professionnels ou aux parents.

Jacqueline Mascle précise que la question de la subvention de ce type d’action sociale est très complexe. En règle générale, les financements sont le plus souvent accordés au théâtre culturel. Par ailleurs, l’association Paroles de femmes est inscrite dans un groupe de travail sur « la santé contagieuse », avec d’autres associations. « Santé » est ici à prendre au sens large : santé physique, psychique, environnementale.

Le débat :

  • La question de l’évaluation de cette action se pose. Les professionnels des transports en commun ont noté une amélioration des comportements des enfants ; ils évoquent une « chaîne d’apaisement » qui se met en place.
  • Chaque débat donne lieu à un compte-rendu qui est ensuite retransmis dans les classes. La parole est vraiment mise au centre de ces débats. La question des places, de l’empathie, de l’identification est mise en avant, à la fois dans la pièce et dans le débat. Quelques mois après, les élèves remplissent un questionnaire.
  • Question de l’éducatif/de la poésie : cet outil allie ces deux approches, la poésie transcende le message qui veut être passé. Le collectif est constamment requestionné par rapport aux places et aux fonctions de chacun.
  • Certains enseignants peuvent s’interroger sur l’impact de ce type d’action sur les enfants. Comment faire pour toucher les élèves de manière plus importante ? Quelle est la place de ces actions dans la sphère scolaire ? Au sein de l’éducation nationale, il est plus difficile de donner la parole aux élèves ; l’apport de connaissances semble mis en avant. Education/instruction : quel est le lien entre les deux et comment les enseignants peuvent-ils se positionner entre ces deux axes ? Plus généralement, l’intervention de personnels extérieurs au sein d’une institution pose le problème des limites de l’institution : intérieur/extérieur. Comment vivre l’entrée d’un savoir autre, extérieur ? Selon l’histoire de l’institution, sa problématique, ces interventions peuvent être vécues comme intrusives. Un parallèle est fait avec l’analyse de pratique : comment arriver à mobiliser l’équipe, et non seulement le chef d’établissement, autour de cette question ?
  • La question du lien qui peut être fait ensuite, en dehors de cet espace, est posée. Dans cette action, il existe un véritable travail de décloisonnement avec la rencontre de différents professionnels (éducateurs, policiers, …) et des enfants. L’important pour les intervenantes de Paroles de femmes, c’est de toucher l’autre, de provoquer des émotions.

www.echo-arles.fr

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