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Jeudi 12 Mars 2009

Rencontre du Jeudi 12 Mars 2009

20 personnes étaient réunies lors de cette rencontre.
La soirée s’est partagée entre :

Point concernant l’organisation du Colloque

Jean-Pierre Bagur, président d’Echo, lance un appel à tous ceux qui souhaitent témoigner et donne quelques informations concernant les réunions du conseil scientifique. Il présente ensuite les différentes journées d’étude concernant la violence dans les institutions et qui sont organisées en partenariat avec d’autres associations.
Nous faisons ensuite un tour de table pour que chacun puisse se présenter.

Françoise Canetos : responsable de la restauration pour le colloque. Elle fait un appel à Lynda Bentayeb pour la convier à participer sur ce thème à un moment du colloque, avec d’autres associations de Barriol.

Catherine Strumeyer parle du colloque off. Mise en place d’une exposition sur des photographies de guerre. Olivier de Sagazan viendra parler de la violence dans l’art. Ben Ami Koller avait commencé à peindre des œuvres pour Arles, autour de la Shoah.

Exposé de Lynda Bentayeb

Lynda Bentayeb est d’origine algérienne et elle vit en France depuis 6 ans. Elle travaillait à Alger dans une banque. En arrivant en France, elle a obtenu un diplôme de DPJEPS. Depuis 3 ans, elle est adulte relais au collège Ampère.

Elle se déplace auprès des familles (secteur Bariol, centre ville, Alyscamp) pour inciter les parents à suivre le travail scolaire de leurs enfants. Cela lui permet d’établir un lien de confiance pour expliquer le règlement, l’intérêt du collège, des réunions. Il lui a fallu un an pour mettre les familles en confiance. Cela a facilité le lien entre les familles et l’administration. Selon elle, les familles dont elle s’occupe ont beaucoup de mal à exprimer leurs difficultés. Elle essaie donc de les aider à parler sans tabou avec les autres professionnels (elle ne se contente pas de traduire les propos des parents, mais elle agit réellement dans le sens d’un apaisement du problème).

Lynda Bentayeb mène des actions avec différents partenaires :

  • Avec l’association « Petit à petit » : organisation de cafés discussion, d’ateliers cuisine pour favoriser les échanges entre les personnes âgées, les personnes accompagnées et les personnes d’origine gitane.
  • Avec les éducateurs d’ADDAP (Association départementale pour le développement des actions de prévention).
  • Avec Jean-Marie Quairel : Atelier sur la culture et la diversité (sur deux ans). Les familles racontaient comment elles ont appris le savoir faire, l’école par le biais des parents, de la mosquée, du Coran.

Lynda Bentayeb est actuellement en formation avec l’IEF pour obtenir un diplôme d’état de médiatrice.

Lynda Bentayeb est accompagnée d’une mère de famille qu’elle a pris en charge pendant trois ans et qui souhaite témoigner de l’intérêt du travail qui a été réalisé.

Madame expose sa situation familiale et présente brièvement le contexte dans lequel elle a rencontré Lynda Bentayeb. Son dernier enfant a eu beaucoup de difficultés. Mme avait honte de ce que faisait son fils devant les professeurs ; elle avait aussi du mal à communiquer avec lui. Lynda Bentayeb l’a aidée à aborder le problème avec les professeurs. Le fils n’arrivait pas à exprimer sa souffrance autrement que par des actes, des oppositions. Tous ensemble ils ont réussi à mobiliser plusieurs personnes autour de lui : orthophoniste, éducatrice, psychologue, professeurs. Mme était présente tous les jours au collège Ampère, elle participait aux réunions. Lynda l’informait de tout ce qui se passait au collège. Au début, le jeune garçon vivait mal ses interventions ; il avait l’impression d’être suivi. Mais petit à petit, son comportement s’est amélioré. Il a fini par passé son Brevet. Sa mère est très fière de lui : « c’est une autre personne ». Aujourd’hui, il a 17 ans et il a intégré un lycée. Il ne souhaitait pas venir parler ce soir par honte de ce qu’il a fait.

Le débat :

  • Quelles sont les difficultés des familles : sociales d’abord (conditions de vie difficiles ; elle a du faire des signalements qui ont permis des relogements), ensuite, financières, notamment à cause de divorce.
  • Lynda Bentayeb est employée par une association: "association parents d'élèves de la liste indépendante du collège Ampère".
  • Lynda Bentayeb souhaite que ce type de poste puisse être mis en place ailleurs.
  • L’entrée dans la famille n’est-elle pas vécue parfois comme intrusive ?: Lynda Bentayeb dit qu’elle arrive facilement à rentrer en contact avec les familles. La confiance s’établit rapidement. Elle les rend autonomes, déterminées, intégrées. Plusieurs mères ont pris la décision d’apprendre à lire et à écrire.
  • Françoise Canetos, principale adjointe du Collège Ampère, précise que Lynda a progressivement élargi ses compétences. L’association a fait le constat de la nécessité de la place de médiatrice ; le conseil d’administration a voté pour. Elle était tout d’abord traductrice ; elle occupait donc un poste que personne d’autre ne pouvait faire. Puis elle allait chercher les parents pour les amener parler au collège avec les professeurs. Maintenant, elle travaille sur les représentations réciproques des parents d’élèves et des professeurs.
  • Rencontre réunissant les familles gitanes, les familles maghrébines et les enseignants tout un mercredi après-midi. L’objectif était de lever des obstacles pour que les familles se rapprochent du milieu scolaire : « qu’est-ce qui vous fait peur au collège et qu’est-ce qui vous satisfait ? ».
  • Le Dr Fortier précise que son fils ne devrait pas avoir honte parce qu’il a parcouru un chemin magnifique, qu’il a su dépasser sa souffrance.
  • Une personne insiste sur la notion de confiance dans le discours de Lynda. Elle explique que c’est grâce à la confiance que les barrières sont levées entre le collège et la famille. C’est le premier élément sur lequel travailler.
  • L’administration a mis du temps à laisser cette place à Lynda et a avoir confiance dans le dispositif. Cela a pris un an et demi pour qu’elle puisse s’installer.

L’exposé du Docteur Gérard Fortier

Le Docteur Fortier explique qu’il a vu le phénomène d’anorexie mentale prendre une dimension particulière ces dernières années, « le phénomène social explose ».

Il ne souhaite pas parler de la violence des déviances, mais de la violence nécessaire des soins. Il met au centre de son dispositif l’empathie, capacité de se mettre à la place des gens pour mieux les comprendre, (« Faire cause commune avec les gens », Husserl). Il explique qu’il est du rôle de soignant d’être dans l’empathie, mais qu’il n’est pas toujours possible de faire cause commune avec le patient. On peut alors faire alliance ; par exemple pour l’empêcher de mourir.

Anorexie, amaigrissement, aménorrhée.

Début insidieux : la jeune fille qui décide de maigrir. Tout le monde est content (les parents, la jeune fille) ; progressivement cela file et on ne peut plus s’arrêter ; on entre alors dans la maladie. Pour le Docteur Fortier, il s’agit d’une véritable maladie mentale. Il insiste sur la distinction entre anorexie et anorexie mentale. L’anorexie en elle-même c’est de ne pas avoir faim. Or, les jeunes filles souffrant d’anorexie mentale luttent contre la faim, mais elles ont faim. Elles ne le font pas exprès, elles sont entrées dans quelque chose qu’elles ne contrôlent plus.
Elles souhaitent devenir de « purs esprits », avec un amoindrissement, voire une mort du corps. C’est aussi une caractéristique de l’adolescence : voir la mort de prêt.

Le docteur Fortier ajoute que la boulimie est parfois associée à ce trouble. Elle consiste en une pulsion irrépressible. C’est une maladie du lien (dans la fusion hostile que l’on peut avoir avec la mère), du désir et de la maîtrise (certaines sont des tyrans). Dans la boulimie, il n’y a pas la maîtrise que l’on peut retrouver par l’anorexie, c’est une compulsion. Après les crises, elles peuvent avoir envie de mourir.

L’empathie a donc ces limites: le médecin va se porter garant de ne pas laisser mourir la patiente. Pour cela, trois violences vont être nécessaires:

  • La première violence est l’hospitalisation de certaines jeunes filles qui vont mal.
  • La deuxième est le cadre des hospitalisations ; la jeune fille est isolée pour les 15 premiers jours : l’enfant rompt avec le milieu dans lequel elle est tombée malade.
  • La troisième violence est le soin : une sonde nasogastrique qui nourrit la jeune fille.

Toutes ces violences sont expliquées aux jeunes filles ; échanges de point de vue. Le docteur Fortier précise que cela nécessite du temps, de la pédagogie pour mettre en place ces trois violences.

Le débat :

  • N’y a-t-il pas de garçons ?: Il y aurait un garçon pour 10 filles.
  • Une autre professionnelle témoigne de son expérience dans un pavillon de troubles alimentaires : elle exprime la violence qu’elle a vécue de par cette expérience. Progressivement, elle a travaillé à établir un nouveau mode de fonctionnement, où l’initiative était laissée aux patients. Cela s’est passé notamment par la formation des équipes, l’approche pluridisciplinaire.
  • Le Dr Fortier insiste de nouveau sur la notion de confiance/de respect qui est nécessaire au début de la prise en charge. Parfois, la décision de poser une sonde soulage certaines jeunes filles (« je peux me laisser aller »). Ce sont ces prises de décision qui sont nécessairement violentes. La parole qui accompagne cette situation violente permet de l’atténuer et de montrer le respect donné à l’enfant, à sa souffrance.
  • Y a-t-il des témoignages d’anciennes anorexiques ?
  • Une personne pense que les décisions dont parle Dr Fortier sont des décisions qui rassurent la famille, les médecins. Comment est pris en charge l’entourage ? Le Dr Fortier explique que la famille est impliquée.
  • Distinction entre « être violent » et « faire violence ».
  • Le Dr Fortier explique qu’il y a des rechutes et que cela nécessite du temps. Parfois les familles sont impatientes.
  • Finalement, qu’est-ce que la violence ? On pourrait réfléchir tous ensemble sur une définition de la violence.

Jean-Pierre Bagur conclut la soirée en donnant une définition de la violence élaborée par Jacques Pain et d’autres collègues : « La violence est un abus d’agressivité, qui fait une victime ».

www.echo-arles.fr

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