20 personnes étaient réunies lors de cette rencontre.
La soirée s’est partagée entre :
Jean-Pierre Bagur, président d’Echo, lance un appel à tous ceux qui souhaitent témoigner et donne quelques informations concernant les réunions du conseil scientifique. Il présente ensuite les différentes journées d’étude concernant la violence dans les institutions et qui sont organisées en partenariat avec d’autres associations.
Nous faisons ensuite un tour de table pour que chacun puisse se présenter.
Françoise Canetos : responsable de la restauration pour le colloque. Elle fait un appel à Lynda Bentayeb pour la convier à participer sur ce thème à un moment du colloque, avec d’autres associations de Barriol.
Catherine Strumeyer parle du colloque off. Mise en place d’une exposition sur des photographies de guerre. Olivier de Sagazan viendra parler de la violence dans l’art. Ben Ami Koller avait commencé à peindre des œuvres pour Arles, autour de la Shoah.
Lynda Bentayeb est d’origine algérienne et elle vit en France depuis 6 ans. Elle travaillait à Alger dans une banque. En arrivant en France, elle a obtenu un diplôme de DPJEPS. Depuis 3 ans, elle est adulte relais au collège Ampère.
Elle se déplace auprès des familles (secteur Bariol, centre ville, Alyscamp) pour inciter les parents à suivre le travail scolaire de leurs enfants. Cela lui permet d’établir un lien de confiance pour expliquer le règlement, l’intérêt du collège, des réunions. Il lui a fallu un an pour mettre les familles en confiance. Cela a facilité le lien entre les familles et l’administration. Selon elle, les familles dont elle s’occupe ont beaucoup de mal à exprimer leurs difficultés. Elle essaie donc de les aider à parler sans tabou avec les autres professionnels (elle ne se contente pas de traduire les propos des parents, mais elle agit réellement dans le sens d’un apaisement du problème).
Lynda Bentayeb mène des actions avec différents partenaires :
Lynda Bentayeb est actuellement en formation avec l’IEF pour obtenir un diplôme d’état de médiatrice.
Lynda Bentayeb est accompagnée d’une mère de famille qu’elle a pris en charge pendant trois ans et qui souhaite témoigner de l’intérêt du travail qui a été réalisé.
Madame expose sa situation familiale et présente brièvement le contexte dans lequel elle a rencontré Lynda Bentayeb. Son dernier enfant a eu beaucoup de difficultés. Mme avait honte de ce que faisait son fils devant les professeurs ; elle avait aussi du mal à communiquer avec lui. Lynda Bentayeb l’a aidée à aborder le problème avec les professeurs. Le fils n’arrivait pas à exprimer sa souffrance autrement que par des actes, des oppositions. Tous ensemble ils ont réussi à mobiliser plusieurs personnes autour de lui : orthophoniste, éducatrice, psychologue, professeurs. Mme était présente tous les jours au collège Ampère, elle participait aux réunions. Lynda l’informait de tout ce qui se passait au collège. Au début, le jeune garçon vivait mal ses interventions ; il avait l’impression d’être suivi. Mais petit à petit, son comportement s’est amélioré. Il a fini par passé son Brevet. Sa mère est très fière de lui : « c’est une autre personne ». Aujourd’hui, il a 17 ans et il a intégré un lycée. Il ne souhaitait pas venir parler ce soir par honte de ce qu’il a fait.
Le débat :
Le Docteur Fortier explique qu’il a vu le phénomène d’anorexie mentale prendre une dimension particulière ces dernières années, « le phénomène social explose ».
Il ne souhaite pas parler de la violence des déviances, mais de la violence nécessaire des soins. Il met au centre de son dispositif l’empathie, capacité de se mettre à la place des gens pour mieux les comprendre, (« Faire cause commune avec les gens », Husserl). Il explique qu’il est du rôle de soignant d’être dans l’empathie, mais qu’il n’est pas toujours possible de faire cause commune avec le patient. On peut alors faire alliance ; par exemple pour l’empêcher de mourir.
Anorexie, amaigrissement, aménorrhée.
Début insidieux : la jeune fille qui décide de maigrir. Tout le monde est content (les parents, la jeune fille) ; progressivement cela file et on ne peut plus s’arrêter ; on entre alors dans la maladie. Pour le Docteur Fortier, il s’agit d’une véritable maladie mentale. Il insiste sur la distinction entre anorexie et anorexie mentale. L’anorexie en elle-même c’est de ne pas avoir faim. Or, les jeunes filles souffrant d’anorexie mentale luttent contre la faim, mais elles ont faim. Elles ne le font pas exprès, elles sont entrées dans quelque chose qu’elles ne contrôlent plus.
Elles souhaitent devenir de « purs esprits », avec un amoindrissement, voire une mort du corps. C’est aussi une caractéristique de l’adolescence : voir la mort de prêt.
Le docteur Fortier ajoute que la boulimie est parfois associée à ce trouble. Elle consiste en une pulsion irrépressible. C’est une maladie du lien (dans la fusion hostile que l’on peut avoir avec la mère), du désir et de la maîtrise (certaines sont des tyrans). Dans la boulimie, il n’y a pas la maîtrise que l’on peut retrouver par l’anorexie, c’est une compulsion. Après les crises, elles peuvent avoir envie de mourir.
L’empathie a donc ces limites: le médecin va se porter garant de ne pas laisser mourir la patiente. Pour cela, trois violences vont être nécessaires:
Toutes ces violences sont expliquées aux jeunes filles ; échanges de point de vue. Le docteur Fortier précise que cela nécessite du temps, de la pédagogie pour mettre en place ces trois violences.
Le débat :
Jean-Pierre Bagur conclut la soirée en donnant une définition de la violence élaborée par Jacques Pain et d’autres collègues : « La violence est un abus d’agressivité, qui fait une victime ».
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