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Jeudi 13 Mars 2008

Rencontre du Jeudi 13 Mars 2008

19 personnes étaient présentes lors de cette rencontre

La soirée s'est partagée entre :

Exposé d’une expérience de vacataire en CFA

L’intervenante donne des cours d’anglais en tant que vacataire dans un CFA . Elle a en charge plusieurs classes d’étudiants de BTS en alternance. Elle souhaite évoquer ce soir les difficultés auxquelles elle a été confrontée et qui l’ont amenée à mettre en place de nouveaux dispositifs éducatifs.

Elle souligne tout d’abord le faible niveau scolaire de ses élèves, même en français. La dynamique de groupe est très pauvre ; il y a peu de prises de parole, les élèves adoptant une position passive, de soumission vis-à-vis du « maître ». Cela est perceptible jusque dans leur posture physique (ils sont souvent en recul par rapport aux tables). Les élèves semblent sous pression et ont peu de possibilité d’échanges.
Face à cette réalité, elle a imaginé prendre en compte les spécificités et les rôles de chacun au sein de la classe. En mettant en place des jeux pédagogiques à plusieurs (jeu de rôle où l’on change de place), elle a tenté de recréer une dynamique groupale favorisant la prise de parole, les échanges. Elle donne alors l’exemple d’une classe de 5 élèves au sein de laquelle les connaissances apprises étaient rarement mises en application (il s’agit d’une classe impliquée dans le tourisme). Elle propose alors de créer une association qui aurait pour but d’organiser un voyage en Angleterre. Selon cette intervenante, les élèves ont été « ranimées » par cette proposition ; une dynamique s’est enclenchée. Toutefois, le projet n’a pu être mené à bien puisqu’elles ont été confrontées au refus de l’institution de les aider à collecter de l’argent par le biais d’une vente de gâteaux (pour des raisons de norme). Cet événement a beaucoup marqué les jeunes filles qui en avaient même perdu la parole. L’intervenante leur a alors proposé un exercice de phonétique en anglais, afin d’utiliser cette langue pour sortir un son que le français ne pouvait pas sortir. Cette séance semble avoir été éprouvante pour les élèves qui étaient alors poussées, encouragées par leur enseignante. Elles en sont sorties libérées.

L’intervenante présente ensuite un dernier exemple montrant la difficulté inhérente à la contractualisation qui est faite entre d’une part les élèves et le CFA et d’autre part le CFA et l’entreprise. Les élèves sont en quelque sorte mis au même niveau que les professeurs ; certains mettant en avant cette égalité (« vous avez les mêmes droits et les mêmes devoirs que nous »). En fait, ils ont une double pression : vis-à-vis du CFA et vis-à-vis de l’entreprise. Ils sont sous payés et pas responsabilisés.
Enfin, l’intervenante dénonce la démarche qualité qui est, selon elle, une violence institutionnelle. Il n’existe pas d’échanges institutionnels.

Lors du débat:

Les interventions évoquent l’apparente violence de cette institution. Jean-Pierre Bagur souligne l’importance de rapporter ici des observations de dysfonctionnements, dans le respect et sans jugement. Ce sont ces observations qui permettent la construction d’une réflexion et d’échanges. Se posent différentes questions :

  • Quel est le rôle de chacun des professionnels au sein de l’institution ?
  • Quel lien faire entre position professionnelle et position citoyenne : les deux doivent-elles être séparées ? reliées ? si oui, la réflexion éthique en est-elle l’articulation ?

Exposé d’un enseignant de primaire

L’intervenant est enseignant en primaire. Dès le début de l’année scolaire, il remarque au sein de sa classe de CM2 des enfants au caractère bien affirmé. Il souhaite alors mettre en place un dispositif apte à modifier les rôles de chacun au sein de la classe. Pour cela, il envisage l’établissement d’une République Démocratique du CM2, basée sur les mêmes principes que la République Française. Les élèves ont ainsi voté pour un président qui a désigné son ministre qui a lui-même désigné ses ministres.

Selon lui, une vraie dynamique se met en place au cours de l’année ; les idées s’affinent. Les différents temps politiques sont respectés : la campagne électorale (établissement d’un projet, affichage, tracts), les premier et deuxième tours (avec des débats), la nomination d’un ministre du travail pour aider les moins forts, la création d’une constitution. Chaque samedi a lieu une réunion pendant laquelle l’ensemble des élèves discute des travaux entrepris et peut destituer un ministre, si celui-ci n’est pas encore prêt à occuper sa fonction (pas de sanction, mais des explications).

L’intervenant note que les rôles joués par chacun des élèves ont permis un changement des regards au sein de la classe ; il a l’impression que les élèves s’entendent mieux et se comprennent mieux. Les tensions et les éventuels conflits sont maintenant pris en charge par le dispositif. Dans ce cadre, l’adulte n’intervient que dans un deuxième temps, lorsque les enfants perçoivent les limites de leur action. Pour que cela soit possible, il a tout d’abord fallu faire prendre conscience aux élèves que chacun était doué de raison. Pour l’intervenant l’édifice démocratique repose sur ce présupposé et sur sa mise en pratique. Ainsi, en pratique, les élèves ont moins recours à la violence et à l’exclusion, ils essaient plus d’engager un dialogue autour des difficultés. Ils ont même essayé de résoudre sur le même modèle les conflits de l’école, ce qui a pu poser quelques problèmes. Pour l’intervenant, l’idéal serait de pouvoir échanger et se confronter avec d’autres classes ayant adopté ce type de fonctionnement.

Il se demande enfin comment réfléchir avec les élèves pour qu’ils prennent en charge certains aspects de leurs acquisitions.

Lors du débat

  • Pusieurs questions portent sur des demandes de précision sur le dispositif en lui-même : les parents, l’école étaient-ils partie prenante ? l’effet du dispositif sur les enfants dits « difficiles » ?
  • D’autres remarques sont faites par rapport à la nature même du dispositif : la pédagogie instituante (Freinet) permet aux enfants de devenir adultes. Ce ne sont pas eux qui font la loi, mais ils sont accompagnés pour découvrir ce qu’est la culture.
  • Pour l’intervenant, ce dispositif serait à mettre en place dans des ZEP.

Exposé de lecture de Pascal Roca

Pascal Roca présente ses réflexions à propos du livre thèse de Chantal Costa, qui décrit son expérience de deux ans dans une classe de LEP. Il dit avoir vécu ce livre comme un témoignage personnel et professionnel. A sa lecture, « on est en immersion », dit-il ; l’élève est au centre de toute sa réflexion.

Dans son récit, Chantal Costa part de deux constats : le lourd passé scolaire des élèves qui sont en LEP (mésestime profonde) et la montée de faits violents dans cet établissement. Elle évoque la nécessité de mettre en lien l’éducatif et le pédagogique, et de lutter contre le syndrome de l’échec scolaire. Les élèves ont tendance à être immobiles, ils donnent l’impression d’être « posés là ». Le travail vise à les faire entrer dans une dynamique, à les faire sortir de leur inhibition.

Chantal Costa s’interroge sur le collège unique qui est une apparente démocratie, mais qui nie en fait sa propre spécificité et celle du sujet. Les élèves ont sur eux un double regard : celui de l’institution et celui de leurs parents. Comment travailler le désir, le plaisir, par la pédagogie institutionnelle pour s’approprier les lieux et pour ensuite verser sur le pédagogique ? L’éducatif comme premier lien.

Dans les institutions où l’on retrouve la pédagogie institutionnelle, des lois sont mises en place et elles rendent opérant tout ce qui est fait. Les élèves mettent en œuvre des décisions avec l’accord de tous par le conseil de coopérative. Ce conseil est la clé de voûte, le lieu de la démocratie. Dans cette optique, c’est le collectif, par la contrainte qu’il impose, qui construit la personne, la loi du groupe qui structure la personnalité.

www.echo-arles.fr

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