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Jeudi 13 Novembre 2008

RENCONTRE DU JEUDI 13 NOVEMBRE 2008

16 personnes étaient réunies lors de cette rencontre

La soirée s'est partagée entre:

Exposé d'Alain Campredon

Alain Campredon souhaite, par son intervention, offrir quelques pistes de réflexion en vue du colloque sur la violence.
Il insiste tout d’abord sur le souci de la définition des termes, et en particulier des grandes catégories, celles que l’on manie autour de la violence.
Depuis Nietzsche, on appelle cela « la dérivation du sens ». Dans son ouvrage « La généalogie de la morale », il explique que la morale a des origines et des ancêtres. Pourquoi affirme-t-il ainsi que la morale, sans la définir, est fonction d’une généalogie ? Parce qu’il est grammairien, avant d’être philosophe. C’est ce présupposé qui lui fait discerner la dérivation du sens. A l’intérieur d’une langue vivante, le sens évolue, dérive. Cette dérivation n’est pas négative, elle donne la force et le sens d’un mot. Comme tout post hégélien (Kierkegaard, Marx, Freud), Nietzsche explique que le sens d’un mot c’est d’abord la portée d’un mot dans nos consciences. Il va s’interroger sur le bon ou le mauvais sens : la pluralité des chemins que l’on peut emprunter.

Partant de ce présupposé, Alain Campredon propose ensuite d’évoquer la confiance et les dérives dans lesquelles le christianisme est tombé. Sa question est la suivante : « Comment se fait-il que des textes aussi humain et libéraux puissent dériver à ce point pour donner à vivre au fond le contraire ? ». Selon lui, ce qui est dit du Nouveau Testament est le contraire de ce qui est écrit.

Dans le Nouveau Testament, la virginité de Marie n’est pas écrite. Il est écrit qu’elle était promise en mariage avec Joseph, c’est-à-dire qu’elle était déjà mariée, mais ne l’avait pas encore dit.
La confiance vient du latin confidere : c’est « l’acte de se fier avec quelqu'un ». Le cum latin renforce l’idée : « être avec parce que je suis en situation de me fier à, et que la réciproque est vraie ».
La première origine renvoie à fides, la foi. Terme majeur dans la pensée des Hommes, que ce mystère où nous avons des moments de confiance pour tout de suite situer leur envers : le doute. Le Nouveau Testament ne conjugue jamais ce terme avec le verbe avoir. Il est conjugué avec des verbes de situation, de récit. Il y a eu un évènement de confiance, conjugué souvent avec le verbe « être » quand il signifie une ponctualité. Ce concept est souvent l’objet d’un récit, on raconte et on tente de rendre compte que cette situation a eu lieu (toujours pour souligner la ponctualité).

Voilà ce que les exégètes peuvent tenter de rendre. Or, dans l’histoire, on est passé de sens à contre-sens. C’est un concept central jusqu’au début du premier siècle. Il est notamment conjugué par Paul qui a largement évoqué ce terme dans l’épître aux Romains . Alors qu’il luttait contre les sottises que l’on disait sur la résurrection, alors qu’il convient de ne rien en dire « je ne veux savoir que Christ, et Christ crucifié ». Ce qui intéresse alors Alain Campredon, c’est ce cri politique lancé par Paul. Il réfléchit sur la crucifixion : 4 personnes : la foule, le pouvoir romain, le Sanhédrin… Ce pouvoir qui devient fort et affirme : « il y a deux responsables : le pouvoir religieux juif et le nouveau pouvoir religieux ».

Paul a fait le même exercice pour le mot foi. Parlant de foi, en parlant du récit d’Abraham, il explique qu’il n’y en a qu’une à considérer, surtout pas celle que l’on a ou pas…
Quand le Nouveau Testament parle de foi, il ne parle que de quelqu’un qui a la foi, ce qui dépasse l’entendement. Ce n’est pas mercantile ni religieux, car Christ est né Dieu, donc c’est incompréhensible, c’est la force du silence ici.
La foi et la confiance dérivent et deviennent un attribut que l’homme se donne ou pas, d’où la distinction entre gens croyants et ceux qui ne le seraient pas. Mais c’est théologiquement un contre sens, il ne peut pas y avoir de situation où l’on se situerait en confiance une fois pour toutes. Il ne peut pas y avoir d’état fixé de la confiance. « Je crois, donc je me donne la liberté de douter ». Or notre monde est marqué par la dichotomie.

Martin Luther et Jean Calvin réagissent contre un christianisme devenu mercantile et traduisent les textes dans des langues que le peuple comprend : français, allemand. Ils font la Réforme. A la fin de sa vie, Martin Luther s’aperçoit que les disciples font de la foi un nouveau mérite et la conjugue avec un verbe qui la contredit. « Parlant de foi je ne parle que du Christ, c’est-à-dire une foi qui ne peut que surgir et partir. Christ a dépassé l’ordinaire : en venant, en repartant, en promettant de revenir, la foi naît donc dans le désarroi et le doute ».

Un contraire de la foi serait la certitude.
Aujourd’hui, on parle de favoriser la confiance : se faire confiance avoir confiance… On conjugue de nouveau avec le verbe « avoir ». La confiance peut-elle constituer une réponse aux violences ?
La confiance exige la féminité : se mettre en creux pour pouvoir l’appréhender. Une attitude masculine ne va pas avec. Elle ne peut pas se construire, mais se recevoir, c’est l’affaire d’un instant.
Voilà ce que la dérivation du sens nous apprend de la confiance. Lorsque l’on prononce un mot, on est herméneute de ce mot. On parle entre nous de manière légère de ce mot, mais le message fort de Nietzsche, c’est que ce qu’il y a à la base, la généalogie du mot, la mère qu’elle est toujours dans nos esprits.
« Ce que je vous dis, si c’est correct, chacun de nous le porte sans toujours le mesurer. En un instant on est en confiance, sans que l’on sache pourquoi ».

Le débat :

  • Un lien est fait avec une précédente rencontre autour de la notion de sympathie et de la parole, il s’agit de la question de la rencontre. Pour Alain Campredon, la parole est première, l’écrit compte moins pour le sujet. Il cite Kierkegaard pour qui lorsque l’on appréhende ce que l’on est, on ne peut le faire que dans une situation de précarité totale.
  • Il s’agit de la confiance que l’on donne à l’autre ou que l’on reçoit. La relation entre femme et homme préfigure la relation incompréhensible entre l’Homme et Dieu. Entre les sexes, il y a quelque chose de l’ordre de la foi.
  • Lorsque certains croyants parlent, il y a une sorte de certitude, où se situe donc le doute dont vous parlez vous ? Alain Campredon : « ce que je crains le plus en ce monde est ce discours qui catalyserait le plus les choses. Pour moi, l’origine de la violence c’est la croyance, qui situe l’autre comme incroyant. Or, dans le Coran, il n’y a rien de tout cela, mais l’histoire conjugue tout cela ».
  • Il semble que ce débat puisse aussi être élargi au-delà du conflit croyant/non croyant, c’est l’impression de vérité qui est dangereuse.
  • Un participant souligne l’intransigeance du discours de Paul. Alain Campredon souligne qu’il s’agit d’un auteur du 1er siècle. Il était pharisien, docteur de la loi, citoyen romain pétri d’ordonnance. Il reste toujours des traces chez cet homme d’une mise en ordre qui contredit ce qu’il dit. Mais, dans un texte antique lu aujourd’hui, on doit rechercher le cœur, l’intention profonde. Il y a dans les écrits pauliniens des moments clés et des choses qui sont de l’ordonnancier, il faut faire des tris.
  • Nous évoquons la certitude, le doute. D’une certaine façon, ce qui signe notre humanité c’est que la vérité n’est pas toute, et le dépassement des malentendus dans une position éthique serait néanmoins malgré son échec assuré la seule issue vers une prévention des violences.
  • Référence est faite au cercle des guerriers d’Homère dont Michel Tozzi a parlé lors de la journée du 8 Novembre.
  • Pour Bernard Naud, l’objet de la foi est Dieu et il est inaccessible. Enfant, on nous inculquait la foi, de force, et le doute est venu après. Les Eglises ont joué un rôle épouvantable dans cette violence. Il dit retrouver maintenant la confiance, « ce monde ne peut pas être absurde ».

Exposé de Bernard Naud

Bernard Naud précise dès le début de son exposé les éléments de son histoire personnelle qui l’ont amenés à s’engager dans la lutte contre les dérives motorisées. Selon lui, elles ont toutes un rapport à la violence, c’est une spirale de la loi du plus fort.

Bernard Naud lit ensuite un témoignage de R.A Lafferty à la fin du 19ème siècle, publié par « Casseurs de Pub ». Dans cet extrait, l’auteur prévient le danger inhérent à l’augmentation du nombre d’automobiles dans l’avenir.

« Prenez un homme sur un cheval (je parle en connaissance de cause: j'ai fait du cheval presque toute ma vie); eh bien c'est la plupart un homme affable, mais un changement radical se produit des qu'il enfourche sa monture. Tout homme à cheval devient arrogant, aussi aimable soit-il lorsque qu'il est à pied. L'homme dans sa voiture est mille fois plus dangereux. Je vous le dis: Si jamais l'automobile venait à se généraliser, cela engendrait un égoïsme terrible chez l'être humain. Cela entraînerait une violence dans des proportions que nous n'avons encore jamais connues: Ce serait la fin de la famille telle que nous l'avons connue: trois ou quatre générations partageant avec bonheur le même foyer. Cela anéantirait nos relations avec notre voisinage et l'idée même de la communauté. Nous verrions de gigantesques villes se créer comme des cancers, des banlieue résidentielles à la fausse opulence, une campagne aux paysages ruinés, des agglomérations encerclées par des usines destructrices pour la santé, des fermes industrielles spécialisées. Cela ferait de chaque homme un tyran ».

Pour Bernard Naud, le vélo est l’alternative la plus rentable vers l’apaisement de cette jungle qui nous submerge. Il précise que le CACV n’est pas une association qui milite contre l’automobile, qui fut synonyme de liberté, mais dont l’évolution est dangereuse. Il cite quelques chiffres :

  • 16800 véhicules circulent chaque jour sur le Boulevard E.Combe à Arles,
  • 13850 sur l’Avenue Victor Hugo, …
  • 1 déplacement motorisé sur deux ne dépasse pas 3 km ? Aberration. La part prise par l’automobile dans nos cités et nos campagnes est considérable.

Bernard Naud regrette l’envahissement des places de la ville par les voitures. Il explique aussi combien il est difficile pour les handicapés de se déplacer. Il cite ainsi plusieurs exemples d’encombrement dans la ville d’Arles.
Les piétons, mais aussi les cyclistes se font bousculer par des automobilistes qui ne se rendent même pas compte de leur violence. « L’Homme dans sa voiture devient inconsciemment arrogant et violent ».
Bernard Naud explique combien il est difficile de faire changer le cours des choses tant les gens sont attachés à ce mode de déplacement. En 2006, le CACV a essayé de rendre piéton le centre ancien, tous les commerçants le réclamaient, mais la pression a été telle que le projet a été abandonné.

La prise de conscience liée à lutte contre l’insécurité routière permet de favoriser un meilleur équilibre, d’apaiser cette jungle déferlante en imposant des limitations de vitesse, en encourageant les gens à faire autrement. Cela ne signifie pas qu’il faille condamner totalement la voiture, mais il faut engager une modification des mentalités, ce que le Sud a du mal à faire. Dans les villes du Nord, on a pris conscience du mal qui en résulte.

Le débat :

  • Une personne apporte un témoignage des Pays Bas où le vélo est honoré. Il y existe, selon lui, un climat de tolérance entre communauté religieuse, un art de « vivre ensemble ». Il n’est plus du tout possible de circuler en voiture dans Amsterdam, les autres moyens de transport sont favorisés.
  • Une personne souligne la confusion qui est faite, selon elle, entre violence et incivilités. En voiture, beaucoup de personnes manquent de civilités. Il faudrait mettre les cités administratives à l’extérieur, cela éviterait bien des déplacements et on restituerait la ville à ses habitants. Bernard Naud précise qu’il travaille pour apaiser la déferlante, la vitesse, pour améliorer le confort de la ville. Il souhaite arrêter cette ardeur mortifère qui fait que, lorsque l’on entre dans son véhicule, on ne sait plus ce que l’on fait : désordre, incivilité, anti convivialité.
  • La question se pose de savoir comment changer le comportement des gens : vaut-il mieux travailler sur la règle ou sur la sympathie, sur la règle ou sur la confiance ?

Informations concernant l’organisation du colloque

Jean-Pierre Bagur, président d’Echo, n’ayant pas pu être présent ce jour, a fait passer quelques informations concernant la vie d’Echo.

Prochainement, une fiche de lecture sera disponible sur le site internet pour que ceux qui le souhaitent puissent présenter un ouvrage de l’un des membres du Conseil Scientifique. L’intérêt est de permettre des échanges et des réflexions sur les travaux des chercheurs.

Jean-Pierre Bagur souhaite aussi mettre en place, début 2009, un grand chantier d’écriture non scientifique sur les thèmes du colloque.

Enfin, nous informons les personnes présentes de la venue de Saül Karsz le samedi 15 Novembre à la réunion du Comité d’Organisation et de la Commission Acteurs de terrain. Il viendra nous rencontrer et échanger sur le thème de la déconstruction du social.

Nous évoquons enfin les demandes de subventions pour le colloque.

www.echo-arles.fr

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